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Depuis trois décennies, l’artiste a su faire évoluer son expression en explorant différents médiums, passant de la peinture moderne traditionnelle à l’installation en passant par la photographie mise en scène. Elle est actuellement présente à la 1-54 par deux importantes installations.

Je connais Amina Benbouchta depuis l’aube des années 1990. Son travail, alors essentiellement pictural, m’a tout de suite parlé, comme on dit facilement. De grandes toiles matiéristes à l’acrylique, avec des motifs figuratifs, la plupart du temps récurrents : chaise, table, croix, trèfle, cercueil… Le tout brossé avec une belle liberté de geste, une énergie sûre et sereine, intégrant les fréquentes coulures à la composition faussement aléatoire. La palette en était le plus souvent déclinée dans des gris élégants, du blanc. Du noir aussi. Mais, parfois, s’invitaient des jaunes stridents combinés à des bleus électriques.

Techniquement, la référence au travail d’un Richard Texier m’apparaissait évidente, contrebalancée par un vocabulaire manifestement personnel, construisant, peu a peu, au fil du temps, un univers autobiographique original, caractéristique.

Depuis quelques années déjà, Amina Benbouchta s’est progressivement éloignée de la pratique picturale traditionnelle pour explorer différents autres médiums : photographie, installations, dessins et collage sur papier…

Portrait de l’artiste.

Dans ses photos-autoportraits à la mise en scène surréaliste, aux décors et costumes délicieusement sophistiqués et léchés, décalés, l’artiste déploie de véritables poèmes, flirtant avec le tragicomique, au service des questionnements qui la travaille personnellement : quelle est la place assignée à la femme bourgeoise et cultivée dans notre société ? Dans la société en général, ici et ailleurs ? A-t-elle une existence véritablement autonome ? Ou continue-t-elle, malgré les apparences d’une vie parfaitement moderne, à se définir, peu ou prou, en fonction ou à l’ombre d’une figure masculine tutélaire — le père puis l’époux ?

La grande force d’Amina Benbouchta, son absolue originalité réside, me semble-t-il, dans le fait d’assumer pleinement, sans faux-semblants, ses différents états, même s’ils peuvent paraître étrangement contradictoires, pour ne pas dire franchement dissonants, aux yeux de ceux, nombreux, habitués à placer les uns et les autres dans des cases étanches. Mais, oui, notre Amina Benbouchta est une mère de famille bourgeoise, une quasi femme d’intérieur bien sous tous rapports, toujours impeccablement coiffée et habillée, distinguée même, pour utiliser un vocable désuet. Mais, oui, c’est une femme de devoir pour laquelle la famille, petite et grande, n’est pas un concept dépassé.

Éternel retour du désir amoureux. Installation. Fort Rottembourg. 1ère Biennale de Rabat. Septembre 2019. ©MOHAMED DRISSI K.

En même temps, simultanément, Amina Benbouchta est une artiste angoissée et engagée. Une artiste contemporaine qui n’a jamais versé dans l’art décoratif et dont la recherche esthétique traduit des choix audacieux qui nous raconte le monde d’aujourd’hui, dans ses complications et enchevêtrements parfois inextricables.

Une figure obsessionnelle : le lapin d’Alice au pays des merveilles.

Personnellement, j’ai une tendresse particulière pour certains travaux sur papiers de l’artiste. Des petits formats (dessin et collage) au traitement proche d’un travail traditionnel d’édition et/ou d’enluminure. Surtout quand le sujet en est une variation sur le thème d’Alice au pays des merveilles, avec comme figure récurrente, obsessionnelle, certain lapin.

Lors de la première édition de la Biennale de Rabat, cet automne — une Biennale d’excellente tenue, de l’avis de tous, rappelons-le —, Amina Benbouchta a présenté, au Fort Rottembourg, une installation qui a marqué les esprits. Où l’on voit un lit deux places Art déco tapissé et surmonté de néons protéiformes. Flottants au-dessus, les sculptures lumineuses représentent une chaise, un nuage, un escarpin, des cages-crinolines… En fond sonore, la voix de l’artiste lisant, en version française, des extraits d’un traité érotique de Cheikh Nefzaoui, datant du XVe siècle.

Éternel retour du désir amoureux — ainsi s’intitule ladite installation — est aujourd’hui visible au Macaal (Musée d’art contemporain africain Al Maaden), au sein de son exposition programmée dans le cadre de la 3e édition de la 1:54 Art Fair. Une autre installation d’importance, signée Amina Benbouchta, figure dans l’exposition collective organisée, dans le même cadre, par l’Institut français de Marrakech, à Dar Moulay Ali, dans la médina.

Photos d’ouverture. De gauche à droite : Down the Rabbit Hole, photographie. Puis, Sans titre, technique mixte sur papier.

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