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Et de trois. Après Life Before Thinking, sur les pas du peintre Ahmed Yacoubi, puis Mohamed Hamri, peintre et saltimbanque, Latifa Serghini commet un troisième récit biographique consacré à une figure majeure de l’histoire de l’art marocain, Jilali Gharbaoui, le messager de l’exil.
Nous avions énergiquement salué les deux premières contributions de cette ex-pédopsychiatre à la plume fine, au cerveau structuré, à l’honnêteté intellectuelle avérée et à la sensibilité artistique authentique.
L’histoire de l’art moderne marocain reste à écrire, et c’est peu de le dire. Le travail de défrichage d’une Latifa Serghini est crucial.
Pour reconstituer le parcours — ô combien chaotique et truffé de zones d’ombre — du légendaire artiste, précurseur incontesté d’une modernité artistique marocaine radicale, Serghini a usé des mêmes rigoureuses méthodes de recherche et d’investigation qu’elle avait mise en œuvre dans ses précédents ouvrages.
L’auteure défend la thèse de l’artiste maudit, victime expiatoire d’une société arriérée et vénale.
Il nous semble, néanmoins, que cette fois-ci, peut-être entraînée par la nature particulièrement romanesque et idéologique du sujet, l’auteure se départi de sa neutralité scientifique pour défendre, tous azimuts, la thèse d’un Gharbaoui artiste maudit, victime expiatoire d’une société arriérée et vénale, sans prendre en compte des données essentielles : sa névrose aiguë et/ou, plus simplement, les aléas imprévus de toute destinée. L’ouvrage n’en reste pas moins un travail passionnant à découvrir, une pièce nécessaire dans toute bibliothèque d’amateur d’art marocain.
Jilali Gharbaoui, le messager de l’exil. Latifa Serghini. Éd. Studiolo. 2019.
Illustrations d’ouverture. De gauche à droite : couverture de l’ouvrage puis, l’auteure, Latifa Serghini lors d’un débat.